
La
Polychondrite Chronique Atrophiante (PCA) est une maladie rare, souvent difficile à diagnostiquer,
caractérisée par une inflammation récidivante
des cartilages parfois suivie d’une atrophie définitive.
Il s’agit d’une affection multi-systémique (atteinte
de plusieurs tissus et organes) classée dans les pathologies
auto-immunes (production d’auto-anticorps par le système
immunitaire dirigés contre les constituants de l’organisme,
appelés constituants du « soi »).
Elle
a été décrite
pour la première fois en 1923 et peut être considérée
comme potentiellement grave. La PCA affecte les structures
cartilagineuses présentes dans de nombreux organes tels
que les oreilles, le nez, le larynx, la trachée et les bronches.
En outre, elle peut affecter les articulations, les yeux, l’aorte,
le cœur et la peau.
Les symptômes
classiques de la PCA consistent en poussées répétées
de chondrites (inflammation du cartilage) impliquant l’oreille,
le nez et l’arbre trachéo-laryngé. Ces inflammations
peuvent conduire à une destruction totale du cartilage et se
traduire par une déformation des oreilles, du nez et par une
obstruction de la trachée, cause de difficultés respiratoires.
Les autres atteintes peuvent donner lieu à une arthrite, des
troubles cardiovasculaires, une inflammation de l’œil,
des perturbations de l’ouïe et de l’équilibre,
des vascularites, des désordres endocriniens, des problèmes
dermatologiques ou neurologiques. La fatigue est souvent très
marquée et le risque de développer des problèmes
infectieux plus grand.
En outre, environ 30
% des individus atteints de PCA sont affectés d’une autre
maladie auto-immune. Le large spectre des symptômes douloureux
allonge le délai du diagnostic. Il n’existe aucun
marqueur biologique spécifique de la PCA dont le diagnostic
repose sur des critères essentiellement cliniques.
Les caractéristiques
cliniques et l’évolution de cette maladie varient considérablement
et de façon imprévisible d’un patient à un
autre. Malgré le consensus sur les critères de diagnostic,
les premières manifestations (souvent discrètes) de cette
maladie sont souvent méconnues. De ce fait le bon diagnostic
est fréquemment posé seulement après que les symptômes
classiques soient devenus apparents.
Un retard de diagnostic est parfois préjudiciable du fait de la dangerosité potentielle
de certaines poussées inflammatoires.
Les personnes atteintes
de la PCA vont consulter en première intention des généralistes,
des oto-rhino-laryngologistes, des rhumatologues, voire dermatologues
et cardiologues. Le délai moyen entre l’apparition des
symptômes et le diagnostic est d’environ 3 ans. Ce délai
reflète la difficulté du diagnostic d’autant
que la PCA n’est pas toujours visible, notamment pour les formes à début
rhumatismal (polyarthrite dite séronégative), qu’une
poussée de chondrite isolée (atteinte nez ou oreille…)
est souvent prise à tort pour un problème infectieux
et que l’extrême fatigue est généralement
considérée comme psychosomatique.
Un tiers des personnes atteintes de la PCA doivent consulter 5 praticiens, ou plus, avant
le diagnostic.
La PCA a une prévalence estimée entre 3 et 5 cas par million d’individus. Les
cas identifiés vont de 30 mois à 90 ans, mais plus fréquemment
elle apparaît entre 30 et 60 ans. Elle ne connaît pas de
frontière ethnique et atteint aussi bien les hommes que les
femmes, même s’il semble exister une prédominance
féminine.
La PCA ne semble pas
directement de nature génétique, mais il existe des gènes
de susceptibilité qui interviennent dans la réponse du
système immunitaire. Elle ne semble pas non plus de nature familiale,
même si certains cas familiaux exceptionnels ont été répertoriés
(frère/sœur ; parent/enfant).
La cause de la
PCA est à ce
jour inconnue. La découverte d’auto anticorps (en particulier
anticorps dirigés contre les protéines de la matrice
du cartilage), la réponse favorable à la corticothérapie
et l’existence d’autres pathologies auto-immunes associées
ou retrouvées dans la fratrie et les ascendants plaideraient
en faveur d’une origine auto-immune.
D’autres facteurs environnementaux ont été discutés.
Le développement
de la PCA et son approche thérapeutique optimale sont mal connus.
La
PCA est une maladie chronique, durable, d’évolution imprévisible
et fluctuante. Elle varie considérablement d’un malade à l’autre.
Pour certains, les poussées inflammatoires répétées
peuvent mener à une destruction totale de l’organe attaqué,
avec handicaps sévères et pronostic vital en jeu. Pour
d’autres, en cas de diagnostic précoce avant le stade
des douleurs invalidantes et en tenant compte des effets non négligeables
des traitements prescrits, la maladie produit des effets plus limités.
Aucun
protocole thérapeutique
standard de la PCA n’a été établi. Les essais
cliniques sont difficiles à réaliser au vu du petit
nombre de malades.
Le traitement est basé sur
la connaissance actuelle des autres maladies auto-immunes et rhumatismales
et inclut l’usage des AINS (anti-inflammatoires non stéroïdiens),
mais surtout de la prednisone et parfois des immunosuppresseurs qui
ont une action inhibitrice sur la réaction inflammatoire. Peut-être
dans le futur apparaîtront des anticorps monoclonaux et de nouvelles
biothérapies à action anti-inflammatoire ou immuno-modulatrice.
Un
traitement spécifique des différents organes atteints peut aussi être nécessaire.
Documentation : il existe deux articles de référence qui traitent de la PCA dans un langage très accessible.
Le
pronostic de la PCA s’est amélioré. Les patients et le corps médical,
tout en restant prudents, peuvent faire preuve de plus d’optimisme
du fait de l’amélioration dans la connaissance des processus
auto-immuns et de cette maladie. Cela constitue une source d’espoir
thérapeutique plus spécifique pour le futur.