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La
PCA pose de nombreux problèmes de diagnostic en raison de
son polymorphisme clinique lié à la distribution assez
large des structures cartilagineuses dans l’organisme et du
fait de son association, dans un tiers des cas, à une autre
maladie auto-immune. Cela explique la diversité des signes
cliniques, notamment inauguraux, source de retard et d’errance
diagnostique.
De même, l’évolution
imprévisible avec parfois des rémissions prolongées,
ainsi que l’absence de marqueur biologique spécifique
contribuent à la difficulté d’établir le
diagnostic et sont sources d’erreurs parfois préjudiciables.
L’interrogatoire
est primordial et la recherche des antécédents pathologiques
méconnus ou discrets, évoquant une possible chondrite,
prend toute sa valeur.
En
pratique, trois situations cliniques peuvent
se présenter :
1. MANIFESTATION
INAUGURALE NON CHONDRITIQUE, NON ARTHRITIQUE
La première difficulté est d’y
penser et ne pas les considérer comme primitives.
1.1.Des
signes d’allure infectieuse très trompeurs tels
un syndrome d’allure grippale sévère,
une « pseudo-angine » avec gorge
sensible ou douloureuse à la palpation, une
dyspnée et/ou une toux d’allure bronchitique,
un tableau de sinusite récidivante, une raucité de
la voix… peuvent être rattachés à des épisodes
purement infectieux (viral
ou bactérien),
d’autant qu’il est toujours difficile de les
différencier d’une authentique poussée
de PCA. Les deux pouvant s'associer.
1.2.Des signes
cutanés assez fréquents souvent inauguraux,
peuvent précéder de plusieurs mois ou années
la PCA :
- un érythème
noueux, un livedo reticularis (signes les plus fréquents) orientent
vers d’autres connectivites responsables de « vascularite
cutanée », mais aussi une origine médicamenteuse
en cas d’atteinte isolée ;
- un
urticaire est très rarement révélateur mais son caractère
récidivant oriente vers une cause auto-immune;
- un purpura d’aspect
infiltré fait discuter les autres causes de vascularites
: Péri-Artérite Noueuse(PAN), Granulomatose de Wegener,
Angéite de Churg et Strauss, Purpura Rhumatoïde, Cryoglobulinémie…
- une
aphtose récidivante buccale, génitale et péri-anale
peut orienter vers la maladie de Behcet.
1.3. Un syndrome
de Raynaud : Il
peut être banalisé et considéré comme primaire (appelé alors
Maladie de Raynaud, qui est assez fréquente chez la femme
jeune). Lorsque son caractère secondaire est
reconnu, il peut orienter vers d'autres connectivites : la Sclérodermie
(syndrome de Raynaud le plus sévère), plus rarement
un Lupus ou un syndrome de Gougerot-Sjögren.
1.4. Des manifestations
cardiovasculaires :
L'atteinte des 3
tuniques du cœur (péricardite, myocardite, endocardite)
oriente vers une atteinte inflammatoire auto-immune du fait d'un
syndrome inflammatoire présent et marqué.
Des
troubles du rythme (rares dans la PCA), isolés et récidivants
sont généralement interprétés comme primaires
(non rattachés à une maladie auto-immune sous-jacente).
1.5. Une pathologie
oculaire inflammatoire :
En
dehors d’une uvéite alors bilatérale, orientant
d’emblée vers une origine auto-immune et de survenue
rare dans la PCA, les autres atteintes plus classiques (épisclérite,
kératoconjonctivite, iridocyclite) peuvent orienter vers
une affection locale inflammatoire, virale ou infectieuse.
1.6. Des manifestations
ORL :
- Un
syndrome cochléo-vestibulaire (vertiges, nausées,
acouphènes, hypoacousie, instabilité) peut être
pris pour une atteinte du nerf vestibulaire ou une atteinte
de l’oreille interne d’origine virale. En cas de
récidive, on pense à une maladie de Ménière
(mais la surdité n’est jamais totale) ou à un
syndrome de Cogan en cas d’association à une kératite
interstitielle bilatérale et à une atteinte poly-viscérale
(touchant les gros vaisseaux).
- Une
surdité brusque : peut être étiquetée
d’origine vasculaire ou virale-
- Des épisodes de déséquilibre à la
marche : trompeurs car, chez le sujet âgé ils
peuvent être rattachés à une origine vasculaire
et chez le sujet jeune à une pathologie fonctionnelle
(psychologique).
2. MANIFESTATIONS CHONDRITIQUES
Elles
orientent le diagnostic mais dans les cas suivants on peut les
rattacher à :
2.1. Chondrite
auriculaire, nasale ou laryngo-trachéale :
- une
autre maladie auto-immune systémique : Granulomatose de
Wegener, Lupus, Sarcoïdose
- une
cause infectieuse : Périchondrite auriculaire infectieuse
- une
cause tumorale
2.2. Chondrite
costale :
- un syndrome
de Tietze primitif (atteinte des jonctions chondrocostales)
d’origine traumatique, mais qui peut être secondaire à l’inflammation
des cartilages et alors lié à une PCA
- un syndrome
douloureux abdominal
- des
complications vasculaires
2.3. Chondrites associées :
- un
syndrome de Meyenburg qui réalise le tableau d’une
panchondrite (atteinte de l'ensemble des cartilages du nez,oreilles
et arbre laryngo-trachéal)
3. ATTEINTE RHUMATISMALE
3.1. une Monoathrite : elle est
exceptionnellement révélatrice
3.2. une Polyarthrite du sujet jeune :
devant
des arthralgies migratrices, sont discutées les autres polyarthrites
inflammatoires auto-immunes :
- Polyarthrite Rhumatoïde,
mais le diagnostic est posé sur le caractère symétrique,
rapidement érosif et déformant de la polyarthrite,
la mise en évidence des anticorps antifilagrine et surtout
anti-CPP (anticorps anti-peptide citrique citrulliné)
- Autres polyarthrites qui, comme la PCA, sont
asymétriques, non érosives et non déformantes
: Lupus, Syndrome de Gougerot-Sjögren, maladie de Still,
Syndrome de Reiter
3.3. une
Polyarthrite du sujet âgé : le diagnostic
est encore plus difficile en raison des poly-pathologies, de
la plus grande fréquence d’un syndrome inflammatoire
d’origine
non auto-immune (infectieuse par exemple) et du fait de l’existence
de rhumatismes d’origine dégénérative.
Les
diagnostics les plus discutés étant d’origine
infectieuse, les spondylarthropathies, la PPR (Pseudo Polyarthrite
Rhizomélique) la PR (Polyarthrite Rhumatoïde), la maladie
de Horton (artérite inflammatoire) du fait de l’importance
du syndrome inflammatoire, enfin les polyarthrites paranéoplasiques
(qui accompagnent un cancer) du fait de l’altération
de l’état général, avec amaigrissement
et fièvre, retrouvée dans la PCA.
3.4. un
syndrome de type Canal carpien : il
est lié à l'inflammation de la
synoviale intra-canalaire avec ou sans syndrome de Raynaud, confirmé par
l’électromyogramme, il peut faire retarder le diagnostic.
Son caractère récidivant surtout chez le sujet
jeune et l'existence d’un syndrome biologique inflammatoire
permettent de le rattacher à une cause auto-immune.
3.5.
des tendinopathies, des arthralgies et myalgies : elles peuvent être étiquetées « Fibromyalgie » surtout
chez le sujet jeune et rattachées à un syndrome dépressif
ou une pathologie « fonctionnelle » d’autant
qu’elles surviennent dans un contexte de fatigue marquée
et sans anomalie du bilan biologique.
CONCLUSION
La difficulté consiste à rattacher
un des différents symptômes précités à une
maladie auto-immune et surtout de penser parmi toutes les maladies
auto-immunes à une PCA.
Bien souvent, le
diagnostic n’est posé que tardivement devant la survenue
d’une atteinte chondritique plus spécifique.
Le
contexte clinique, l’âge, l’origine ethnique, l’existence
d’un syndrome inflammatoire, la recherche d’auto-anticorps,
malgré l’absence de leur spécificité permettant
d’éliminer certains diagnostics, peuvent faire suspecter
une origine auto-immune et orienter parfois vers une PCA.
Les diagnostics
les plus fréquemment envisagés sont :
- les autres rhumatismes auto-immuns et notamment la
Polyarthrite Rhumatoïde, le Lupus, le syndrome de Gougerot-Sjögren.
- la maladie de Behcet.
- enfin
la maladie de Wegener,
du fait de l’atteinte de type
chondritique et de la vascularite (nécrosante) retrouvées
dans cette pathologie.
La
difficulté du diagnostic tient à l’absence
de marqueur biologique spécifique, à la
rareté de la PCA et donc à sa méconnaissance,
ainsi qu’à son polymorphisme clinique très
trompeur.
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